À Monein, sur les mêmes coteaux caillouteux que le Jurançon, mûrit un trésor qu'on a bien failli oublier : la pêche Roussanne. Jaune orangé tachetée de rouge, juteuse et parfumée, elle régnait déjà sur la foire du village au XIXᵉ siècle — cultivée, depuis le XVIᵉ, entre les rangs de vigne.
Trop fragile pour la grande distribution, sensible aux chocs et aux longs trajets, la Roussanne avait presque disparu des vergers. Jusqu'à ce qu'une poignée de passionnés, emmenés par Marie-José Casaubon, décident de la sauver : à partir de deux vieux arbres et avec l'aide de l'INRA, des milliers de plants sont replantés, et la coopérative Les Vergers du Pays de Monein voit le jour en 2004.
Aujourd'hui, quelques producteurs cultivent ce fruit d'exception sur une quinzaine d'hectares — taille en gobelet, éclaircissage minutieux, sans irrigation, au plus près du soleil béarnais. La récolte est brève, à peine un mois entre la mi-juillet et la mi-août, et chaque pêche se cueille à la main, à parfaite maturité.
Sa renommée a depuis dépassé les coteaux : en 2019, la Roussanne de Monein était servie en dessert aux chefs d'État du G7, à Biarritz. Et pour prolonger l'été toute l'année, les vergers la déclinent en confitures et en nectar — toute la douceur d'un fruit sauvé de l'oubli.